Geneva's Shookenkai Gojuryu Karatedo Group

Le style de karate Gojuryu :

par Maurizio Badanaï

1. Quelques définitions-clefs :

Pour le grand public, karate rime généralement avec « Japon ». Cet art de combat avec la « main (te) vide (kara) », reste en effet connu pour l’essentiel sous des aspects qu’il a en fait revêtus puis développés « tardivement » au pays du soleil levant, lorsque l’élite militaire et universitaire japonaise absorba à sa façon les enseignements d’une poignée d’experts venus d’Okinawa, une petite île située au sud du Japon. C’est là que mûrit ce qu’on appelait à l’époque - et aujourd’hui encore chez certains maîtres du Gojuryu – le « to-de », littéralement la « main de Chine ». 

Contrairement à d’autres styles de karate tels que le Shotokan ou le Wadoryu, le karate Gojuryu reste fortement imprégné par ses origines okinawaïennes et chinoises. Issu en grande partie du style de kungfu de la « Grue blanche », auquel ses experts (Kanryo Higaonna, Chojun Miyagi) s’étaient formés à la faveur de voyages dans le sud de la Chine, il trahit jusque dans son nom même l’influence d’une conception de la vie animée par les grandes polarités qui tissent l’univers humain : « go et ju », cela signifie en effet « ferme et souple ». Sous ces termes, le style Gojuryu cultive, explore et intègre tout au long de sa progression les pôles complémentaires du yin et du yang.

Considérons un exemple tout à fait élémentaire. Pour des raisons diverses, notamment un certain état d’esprit que nous qualifierons par euphémisme de « conquérant », le karate développé en dehors d’Okinawa accorda très tôt un privilège presque exclusif d’une part aux techniques de frappe (atemi), d’autre part, au sein même de ces techniques, au type d’impact dit « dur » ou « externe » (goken »). Il en découla une image de l’art fort impressionnante sur laquelle, depuis, les média ont fait et continuent de faire leur beurre, allant jusqu’à imposer à la compétition des règles destinées à garantir le côté spectaculaire des rencontres sportives. Sans critiquer ici cette approche, il faut répéter toutefois qu’il ne s’agit là que d’un des développements tardifs et extrêmement limités d’un karate traditionnel pratiqué discrètement dans de nombreux dojo. Là, les techniques de frappes ne constituent qu’un élément d’un arsenal comprenant de nombreuses clefs (kansetsu-waza), projections (nage-waza), saisies (tsukami-waza) ou étranglements (shime-waza). Par ailleurs, le karate d’inspiration okinawaïenne – et tout particulièrement le Gojuryu – continue de cultiver à côté des frappes dures des frappes « souples » (juken) nécessitant une connaissance approfondie du corps humain.

2. Des caractéristiques générales du style Gojuryu :

Moins centré sur l’esprit compétitif, promu au Japon par les universitaires et l’armée durant l’avant-guerre [1] , le Gojuryu focalise ses efforts depuis ses débuts sur ce qu’il nomme « hito no michi », c’est-à-dire la « voie du devenir-homme ». Bien entendu, l’approche peut varier d’une école à l’autre. Des recherches comparatives montrent que le style lui-même reste caractérisé à travers l’espace et le temps par plusieurs facteurs qui se répercuteront de manière sensible sur la pratique. On peut citer notamment :

Son approche systématique : aux fins de son projet humanisant, le style de karate Gojuryu se présente non pas comme un simple curriculum technique, mais comme un système dit « structuré » où chaque élément de la formation fait sens en liaison étroite avec les autres. Prenons à titre illustratif les différents kata (ou chorégraphies martiales) qu’il propose. Au nombre de 12, ceux-ci ne constituent pas simplement une accumulation fortuite de techniques mais un tout organique où chacun joue un rôle précis et unique. Chaque kata permet d’explorer et d’intégrer sous forme « psychocorporelle » – si les psychomotriciens nous passent l’expression – l’une des énergies fondamentales constituant le fond pulsionnel humain. Six d’entre eux arpentent les facettes plus masculines de la personnalité (par exemple en développant les techniques invasives et puissantes de saisie ou de projection), six autres les facettes plus féminines (p. ex. sous la forme du contrôle fin et sensible nécessaire pour les clefs, ou dans la passivité bien entendu toute relative du travail en « mains collantes » [tui-te]).

La dimension systématique du Gojuryu constitue à la fois un obstacle et une richesse, on s’en doute. Elle constitue un obstacle dans la mesure où un pratiquant désirant entrer dans le coeur de la discipline ne pourra pas se contenter d’y picorer ses ingrédients préférés. Bien qu’il puisse y apprécier naturellement une simple activité de bien-être, de défoulement, que sais-je encore ?, il devra pour aller plus loin acquérir patiemment les savoir-faire qui s’y complètent mutuellement : assauts libres et maîtrise technique poussée, travail musculaire externe et travail énergétique interne, force et souplesse, travail du corps et travail émotionnel (au moyen de techniques comme l’introspection naikan), etc. Mais le lecteur aura compris que ces aspects définissent en même temps la richesse du Gojuryu. Combien d’écoles enseignent-elles encore aujourd’hui de manière méthodique les aspects traditionnels non exploitables pour la médiatisation sportive ou commerciale du karate (techniques respiratoires [kyoku-ho], exercices de visualisation [kanken], méthodes de mûrissement émotionnel [jinbun-ni-katsu ho], relaxation [seiri-undo] et j’en passe) ?

Son approche évolutive : un autre aspect fortement présent dans le Gojuryu réside dans ce que l’on peut appeler sa dimension évolutive. On entend par là que la plupart des techniques ou des notions s’y trouvent enseignées chacune à des niveaux de compréhension différents, au gré des progrès tant physiques ou techniques que mentaux de l’élève. Suivant des nuances à peines visibles de l’extérieur, un même blocage sera ainsi déployé au fil des années selon 4, 5 ou 6 interprétations différentes. Il ne s’agit pas là du simple peaufinage technique incontournable quelle que soit l’école, mais bien d’une approche concernant le sens même des choses, c’est-à-dire leur esprit.

Son approche intégrative : on entend par là un processus de progression à travers lequel l’enseignant vérifie que chaque technique, que chaque notion soit petit à petit adaptée à la morphologie, au caractère et aux possibilités individuelles de l’élève. Certes, il s’agit là d’une idée bien alléchante que la démagogie exploiterait volontiers. En Gojuryu, toutefois, elle se concrétise par des moyens bien concrets. Pour n’en citer qu’un, considérons l’étude des « bunkai », c’est-à-dire des applications en travail avec partenaire des techniques transmises par les kata. Le Gojuryu a depuis toujours mis un accent particulier sur cette étude, qui permet de s’approprier véritablement un kata. Mais il y a plus. Il y a plus parce qu’il ne s’agit pas seulement en Gojuryu de connaître formellement un bunkai, de savoir « à quoi sert tel mouvement de tel kata » (kihon bunkai : « bunkai standard, valables pour tous). L’attitude d’intégration se réalise en ceci que l’instructeur va autant que possible moduler la technique en fonction de l’élève jusqu’à ce qu’elle devienne efficace « pour lui », lui laissant en explorer de l’intérieur les variantes possibles.  

§ 3. Le Gojuryu à Genève

Le Gojuryu se développe à Genève depuis 1975. Aujourd’hui 6 associations reparties dans tout le Canton proposent des cours réguliers pour adultes, adolescents et enfants.

Certaines de ces associations proposent des cours pour enfants âgés de 5 ans révolus, d’autres à partir de 6 ou 8 ans d’âge. Elles organisent des cours hebdomadaires regroupés par tranches d’âge. Cours enfants, cours adolescents et cours adultes peuvent ainsi être adaptés, autant physiquement que psychologiquement, aux attentes et possibilités de chacun.

En outre ces associations organisent des entraînements spéciaux, soit pour compétition, soit pour préparation aux examens supérieurs. Également des stages de formation technique, parfois dirigés par des grands Maîtres de Gojuryu qui nous visitent. Des camps d’été d’une semaine auxquels peuvent participer les enfants qui ne sont pas partis en vacances avec leurs parents. Et plusieurs autres activités, toujours reliées par ce dénominateur commun qui est le Karatedo Gojuryu, tout au long de l’année ainsi comme pendant les périodes des vacances scolaires.

Si vous voulez plus des précisions sur le Karatedo Gojuryu ou encore, connaître les horaires et les lieux d’entraînement vous pouvez le faire en vous adressant soit par écrit à : Groupe Genève Gojuryu     Case Postale 94     1211 Genève 7
Ou au N° de téléphone : 079 611 55 57 ou par e-mail.



[1] Dès 1912, mais officiellement vers les années ’30.

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